Pratiquez-vous l’hortithérapie sans le savoir ?


Ecopsychologie / mardi, janvier 21st, 2020

Le lien qui nous unit à la nature semble malheureusement s’être désagrégé sous les coups de butoir de l’industrialisation et de l’avènement de la vie dite « moderne ». Paradoxalement, nous sommes de plus en plus à tenter de retisser ce lien perdu aussi bien dans les villes que dans les campagnes. Permaculture, potagers collectifs et urbains, bains de forêt et autres expérimentations d’une vie plus « verte » font régulièrement la une des magazines. Est-ce une tendance de fond ? Un simple effet de mode lié à l’angoisse généré par les changements climatiques ? En quoi le concept d’ hortithérapie, assez récent et encore mal défini en France, peut nous aider à trouver des éléments de réponse.

1 – L’hortithérapie : un concept ou une réalité connue depuis longtemps ?

Les deux mon Général ! J’aime comprendre le sens des mots en me servant de le leur origine étymologique. Ici, nous voyons que le grec therapeía  signifie l’idée de la « cure » mais aussi « prendre soin ». Le latin hortus signifie « jardin » mais aussi « culture ». On peut donc sans exagération dire que l’hortithérapie est une forme de traitement, de soin prodigué par l’activité liée au jardin.

Par extension, on aura tendance à parler des effets bénéfiques de la nature sur la santé physique et mentale des humains. Cette assertion n’est pas récente et depuis déjà la nuit des temps, nous savons que le lien qui unit l’humain à son environnement naturel est capital et nécessaire à son développement. Actuellement, l’écopsychologie nous montre combien nous avons besoin de penser notre relation à la nature. A la fois source de bien-être et d’équilibre, cette relation s’avère aussi difficile, non dénuée de projections angoissantes liées à notre inconscient individuel et collectif.

   L’hortithérapie est un terme crée il y a quelques années et qui recouvre une réalité plus spécifique que le simple bien-être par la nature. A la base, il s’agit d’un processus de thérapie venant des États-Unis et du Canada où on expérimente selon un cadre et un protocole très défini les effets thérapeutiques du jardin et du jardinage. Il s’en est suivi la création de jardins institutionnalisés dit « thérapeutiques ». On les trouve souvent à l’intérieur ou associés à des établissements de soin et d’accueil de personnes en difficulté (maladie mentale, physique, dépendance et dépression chez des personnes âgées en maison de retraite, handicaps). En France, cette proposition de soin est encore récente et assez mal encadrée. Il n’y a pas encore de formation complète officielle pour apprendre l’hortithérapie et nous sommes plutôt dans une phase d’expérimentation, parfois tâtonnante mais en général… heureuse !

2 – Concrètement, quels sont les effets bénéfiques ?

Est-ce qu’une personne « bien portante » peut trouver un bénéfice personnel à s’inspirer de l’hortithérapie et de ses principes ? La réponse est oui, et plutôt deux fois qu’une ! Par le biais de tout un ensemble d’éléments, elle nous invite à nous reconnecter à notre environnement naturel et en même temps à nous-même. Nous allons mobiliser des capacités d’autonomie, de créativité et de lâcher-prise qui vont nous ramener à un état d’équilibre. Je vais essayer de vous expliquer un peu plus en détails comment ce petit « miracle » est possible pour peu que l’on s’y adonne régulièrement !

Tout d’abord, n’oublions pas que nous passons de plus en plus de temps rivés à notre poste de travail, parfois (trop) les yeux collés à la lumière bleue de nos écrans, enfermés, cloîtrés, sous des néons ou avec pour seule vue la façade ou la cour grise et morne d’un immeuble. Nous ressentons de plus en plus un immense besoin de respirer, de bouger à notre guise, en toute liberté, dehors, à l’air libre ! Quoi de mieux en effet que de déambuler sans entrave parmi les allées d’un jardin, entouré de milles et une couleurs, senteurs, formes et stimulations visuelles aussi variées que possibles ?

Le jardin va devenir un support de sensations, un retour à nos capacités sensorielles souvent endormies, éteintes. Il peut également être source de rêverie, de projections créatives et bienveillantes. Si je prends le temps de « prendre soin » des espèces végétales qui se trouvent en attente d’une réponse à leurs besoins, je peux espérer en faire de même avec moi et mes propres besoins de soin, de bienveillance. Alors même que dans mon travail je rencontre peut-être une forte pression, un sentiment de dévaluation lié à mon sentiment d’impuissance et de dépendance à une hiérarchie, ici je peux retrouver une capacité d’autonomie, d’expérimentation, de responsabilité.

Je vais pouvoir mobiliser toutes mes capacités d’observation, d’analyse et d’invention pour trouver des solutions pour améliorer tel ou tel dispositif d’arrosage ou de tuteurage d’une plante. Je vais aussi me reconnecter à un rythme plus naturel, plus authentique parce que le temps végétal, lié aux changements de saison et de météo n’est pas le même que mon temps d’humain. D’habitude, nous sommes toujours pressé.es et nous avons tellement de choses à penser que nous essayons au maximum d’économiser notre attention. Là où on nous demande d’aller toujours plus vite… ici, nous allons au contraire pouvoir apprendre à retrouver le temps d’observer, déduire, attendre des transformations souvent lentes et laborieuses.

Nous pouvons retrouver un sentiment plus fort de liberté lié à la possibilité de « laisser aller » le temps, les rythmes naturels de la vie, de ses cycles. Nous nous autorisons à plus facilement lâcher-prise nos idéaux de « maîtrise ». Le jardin devient un lieu support à notre développement personnel. Nous avons la possibilité d’expérimenter sereinement l’acceptation des choses que nous ne pouvons pas contrôler, nous faisons l’épreuve salutaire des échecs et de la frustration qui couronnent parfois nos expérimentations ! Nous apprenons une certaine humilité du jardinier qui n’est pas négligeable dans la relation que nous entretenons avec les autres et avec notre environnement. Nous réfléchissons mieux à ce qui est vraiment nécessaire, ce qui est finalement inutile.

Tout ce qui a été décrit précédemment vous vous en doutez va avoir pour effet d’abaisser les manifestations chroniques de stress, d’épuisement et de déséquilibre. Sans compter que l’activité physique liée aux activités propres à un jardin permet d’apporter au corps l’oxygénation, la force musculaire, la souplesse dont il a besoin pour fonctionner à l’équilibre. En outre, les capacités cognitives comme l’observation, l’attention, la concentration, la mémoire mais aussi les sens trouvent à s’améliorer progressivement.

3- S’inspirer de l’hortithérapie chez soi ?

Si on veut expérimenter l’hortithérapie selon un cadre bien défini et formaté, on peut bien sûr envisager d’effectuer un stage ou une prestation extérieure à chez soi. On peut aussi bien sûr décider de s’investir dans un jardin-potager collectif partagé comme il en existe de plus en plus en ville. Même dans certains villages, tout le monde n’a pas forcément de jardin personnel à sa disposition. Mais il me semble que nous pouvons tous nous inspirer des grands principes de l’hortithérapie pour nous créer, au sein même de notre espace de vie, un espace « à part », lieu même d’expérimentation et de créativité verte ! Un balcon, une terrasse, une cour ou même pourquoi pas un petit coin lumineux de votre petit studio, peut faire l’objet de toute votre attention et de toute votre inventivité !

Pour cela voici quelques pistes de réflexion pour constituer cet espace qui vous sera propre et deviendra probablement pour vous un lieu-ressources :

Il est capital de penser votre espace d’hortithérapie comme un lieu qui va venir stimuler vos capacités sensorielles. Ce lieu doit être pour vous un support qui vous permet de sentir, ressentir, éprouver…

  • Ce que je vois :  créez votre espace comme un lieu qui offre à votre regard des couleurs, des formes différentes. Un mélange joyeux, bucolique ou à l’inverse bien ordonné fait avec ce qui vous touche, vous remplit de joie visuelle : des parterres de fleurs dans votre jardin, une multitude de pots colorés sur votre balcon ou même à l’intérieur de votre appartement. Des plantes verticales, hautes, des plantes toutes petites, délicates et fragiles.  
  • Ce que j’entends :   et si vous installiez un système de carillon japonais pour entendre une douce musique quand le vent souffle ? Le chant des oiseaux, le bourdonnement des abeilles, le bruit de l’eau de pluie qui coule dans une petite gouttière faite en bambou, n’est-ce pas plus agréable de se concentrer sur ces bruits ?
  • Ce que je respire : choisissez des plantes qui vont exhaler un certain parfum, prêter attention à l’odeur du bois, de l’herbe fraîchement coupée, de la terre humide après la pluie. Il y a tant de senteurs diverses pour tous les goûts. Faites pousser des roses, du jasmin et profitez quand vous passez à côté d’eux d’une seconde de douceur.
  • Ce que je ressens quand je touche : tout comme les odeurs, il y a des végétaux et des accessoires aux multiples textures. Les plantes qui résistent bien à la sécheresse par exemple sont parfois étonnantes ! Elles possèdent des petits poils gris-argentés qui vont les protéger, mais nous, ce que nous retenons c’est la sensation insolite que nous avons quand nous touchons la plante. Il en est ainsi des « oreilles de lapin » par exemple, on a presque envie de caresser la plante ! Pensez aux écorces de bois, aux plantes grasses, à des fleurs très douces… mais aussi des petits galets, du sable. 
  • Ce que j’éprouve quand je goûte : et si vous décidiez d’intégrer à votre espace d’hortithérapie un coin pour des plantes comestibles ? Médicinales, aromatiques, sauvages, il y en a tant ! Faire un pesto avec de l’ail des ours  récolté dans votre jardin ne vous tenterait-il pas ? Une petite salade ornée de quelques pétales de soucis et de la sauge est encore meilleure quand on sait que c’est nos petites mains qui sont venues faire la récolte le matin ! Peut-être même pourriez-vous expérimenter des cultures de légumes, de fruits ? En fonction de votre espace (jardin, balcon, cour mal exposée, intérieur d’appartement) il vous faudra faire des choix certes, mais il est toujours possible de faire pousser quelque chose ! Et quelle joie d’être de A à Z le ou la garant.e du bon développement d’une culture, c’est tout le cycle de la vie que vous pouvez observer à travers la croissance végétale.

L’accent va être mit ensuite sur tout ce qui va venir favoriser chez vous l’apaisement, l’abaissement de vos tensions, de votre stress :

  • Esthétisme du lieu que vous installez, comme un « tableau végétal »
  • Des couleurs apaisantes, zen
  • Des odeurs ou des bruits qui invite au lâcher-prise

Vous pouvez aussi envisager cet espace comme un lieu qui va vous redonner de l’énergie, de la motivation, du sens, un « moteur » qui initie l’envie d’agir sur votre environnement :

– Expérimentations diverses liés à la culture potagère, à l’apprentissage des principes de la permaculture, faire d’un espace délaissé un lieu d’abondance, foisonnant ou à l’inverse, rendre un lieu à l’aspect « sauvage » plus ordonné et structuré.

Enfin, la vocation sociale de l’hortithérapie peut-être inspirante :

  • Vous pouvez peut-être vous autoriser à partager cet espace avec d’autres ou échanger le fruit d’une récolte par exemple. Vous pouvez simplement avoir envie d’échanger des conseils, des astuces, des vécus avec des jardiniers en herbe comme vous ! Il existe aujourd’hui tellement de possibilités pour se rencontrer autour d’une pratique, d’une façon de penser, d’un apprentissage.

Et puis, finalement, par interactions sociales, pourquoi ne pas penser aussi à la relation que nous pouvons créer avec le monde animal ? Installer des mangeoires ou des nichoirs par exemple afin d’accueillir les oiseaux, d’observer leurs comportements, d’être sensible à leurs besoins et difficultés d’adaptation quand la météo soudain tourne court… Il y a tant de façons de contribuer à la biodiversité tout en vous reliant au vivant partout à côté de vous !

Vous pouvez installer des plantes mellifères pour attirer les insectes pollinisateurs comme les abeilles, les papillons. Si vous avez la chance d’avoir un jardin vous pouvez créer des espaces faits de branchages entremêlés pour servir d’abri à un hérisson, une mare est un lieu utile pour l’accueil des grenouilles

4- Envisager notre vie et nos besoins selon les principes de l’hortithérapie ?

Et finalement, si nous tentions le pari fou de repenser notre vie, le sens que nous donnons à notre existence en nous aidant de notre pratique de l’hortithérapie ? Bien sûr, j’entends déjà beaucoup d’entre vous me dire « facile à dire, mais quand on doit payer ses factures à la fin du mois, et que nous devons subvenir à nos besoins avec un travail ne nous respecte pas forcément… ». Il va sans dire que ma formulation paraît un peu provocante, mais peut-être pourrions-nous déjà simplement tenter de réaligner certains de nos besoins avec nos valeurs les plus vitales ? S’inspirer de ce que nous sommes capables de faire pour notre jardin, nos plantes d’intérieures, notre ficus préféré au bureau…  « Il faut cultiver son jardin » disait Voltaire dans Candide.

Nous sommes sûrement capable d’accueillir un peu plus dans notre vie davantage de soin pour nous-même et ceux que nous chérissons, de la bienveillance également, car nous en manquons souvent dans nos sociétés de la performance et de la rentabilité. Faire une petite place à la beauté, au calme, à la simplicité et à l’authentique en nous reconnectant à l’essentiel et à un mode de vie plus naturel. Retrouver des sensations, le plaisir de se sentir vivant.e, retrouver le goût pour la contemplation, la rêverie, la créativité. Mais aussi inviter chez soi des davantage de moments d’apprentissage de nouveaux savoirs, le plaisir de l’expérimentation et de la découverte, la curiosité !

Et vous ? Venez nous dire comment vous pratiquez l’hortithérapie au quotidien. Rendez-vous sur les réseaux sociaux avec La Pie Bavarde pour échanger sur ce sujet. A bientôt !

Sarah C.

+ Ressources

Le bonheur est dans le jardin est un blog qui respire la sérénité et la bienveillance, il est tenu par Isabelle Boucq, anciennement journaliste devenue psychologue et passionnée de jardin thérapeutique ! Vous y trouverez un lien vers le mémoire d’une étudiante, Sabrina Serres, sur l’hortithérapie comme pratique de soin non médicamenteuse, humaniste et innovante.

Malheureusement exclusivement réservée aux travailleurs sociaux, médicaux, paramédicaux et aux psychologues, cette formation dispensée par l’université de Toulouse peut en intéresser plus d’un.e ! « Initiation à l’hortithérapie »

Se former à l’hortithérapie et créer un jardin qui soigne, un article rédigé sur le site Acteurs-Actions Santé Environnement (Nouvelle-Aquitaine).

Et pour ceux et celles qui veulent juste s’inspirer des principes de l’hortithérapie dans un jardin qu’ils n’auraient pas en leur possession personnelle : Partageons les jardins ! Un site qui vous permettra d’obtenir moult informations sur les jardins collectifs et partagés en France.

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