Pourquoi & comment nourrir les oiseaux en hiver ?


La faune, Observer & protéger / jeudi, janvier 23rd, 2020

Nous sommes à présent au cœur de l’hiver, les températures chutent et les tempêtes répétitives ne nous donnent pas toujours l’envie de sortir le bout de notre nez ! Pour nos amis les oiseaux, qu’il gèle ou qu’il vente la principale préoccupation quotidienne est celle de trouver de quoi survivre à l’hiver : manger, s’hydrater. Comment pouvons-nous leur donner un coup de pouce pour passer sans trop d’encombre cette période un peu critique lorsqu’on vit en extérieur ? Et surtout, finalement, faut-il apporter notre aide humaine ou laisser la nature pourvoir elle-même aux besoins de ses habitants ? Nous allons tenter d’y répondre clairement…

1- Les justifications et les effets du nourrissage en hiver

L’hiver, la transformation des sols (gels, lessivage par les pluies, chute thermique) et la période de dormance des végétaux cause une diminution voire une raréfaction des ressources alimentaires. La nature ne peut plus fournir les graines, les baies et autres aliments naturels en quantité suffisante aux oiseaux. En outre, l’activité agricole telle qu’elle est aujourd’hui en majorité détruit de plus en plus les habitats, les haies de bocage etc. et les oiseaux se rapprochent alors des maisonnées pour trouver de quoi s’alimenter.

Pour nous, c’est un moment où nous pouvons observer des oiseaux dont nous n’avons pas forcément l’habitude, parce qu’en général, certaines espèces ne vivent pas près de nos maisons. C’est aussi l’occasion d’apprendre à mieux connaître d’autres espèces dont on ne fait souvent même plus attention comme les moineaux, les pinsons, les merles… Nous avons parfois envie d’aider ces nouveaux petits habitants de nos jardins et balcons lorsque le thermomètre dégringole, c’est une bonne chose, car cela permettra de maintenir en vie certains oiseaux qui peut-être n’auraient pas passé la mauvaise saison.

Les effets positifs des mangeoires mises en place dans nos jardins et balcons sont assez fabuleux. A en croire une étude anglaise récente, le nombre et la diversité des espèces ne cessent d’augmenter au fur et à mesure de ce nourrissage humain. Ainsi, les mangeoires des années 70 étaient surtout occupées par les moineaux et les sansonnets, aujourd’hui  ce ne sont pas moins de 6 espèces que l’on peut facilement observer en train de manger les graines que nous leur offrons ! Et effectivement, cette année encore, j’ai moi-même eu la chance d’accueillir des « petits nouveaux » aux mangeoires, notamment des Chardonnerets Élégants, des Verdiers, et bien plus de Mésanges Bleues.

Par contre, les effets universels et sur le long terme restent encore énigmatiques sur certains paramètres (distribution des populations, nouvelles adaptations morphologiques, comportementale…) et il faut donc rester également vigilant quant à l’impact global de l’augmentation des mangeoires dans de nombreux pays.

Les effets positifs avérés par cette étude anglaise viennent en tous cas contrebalancer le déclin général de la biodiversité liée au changement climatique et à l’activité humaine. De plus, les personnes qui décident d’installer des mangeoires et de s’investir dans ce nourrissage quotidien deviennent en général des « ambassadeurs » éclairé.es par la cause des oiseaux et la protection du vivant parce qu’ils ont tendance naturellement à protéger les espèces qu’ils observent et nourrissent.

Un petit passereau gourmand © 2020 La Pie Bavarde – Sarah Caillot

2- Mais alors comment s’y prendre et quels sont les points de vigilance à respecter ?

La période :

On nourrit en général les oiseaux pendant la saison difficile de l’hiver, lorsque les ressources naturelles commencent à se raréfier. On va commencer les installations de mangeoires vers la mi-novembre (en fonction du temps et du lieu d’habitation) et effectuer ce nourrissage jusqu’à la fin mars.

Au printemps et en été on ne nourrit normalement plus les oiseaux car les ressources sont présentes à nouveau, et notre impact deviendrait alors plus négatif que positif sur le comportement des oiseaux et l’évolution naturelle des espèces.

Ils finiraient en effet sur le long terme par oublier comment chercher leur nourriture et deviendraient alors totalement dépendants du bon vouloir humain ! Beaucoup d’insectes se développent aux beaux jours, et l’adaptation ancestrale des espèces leur permet de changer de régime pour devenir insectivore durant la période chaude. C’est d’ailleurs une bonne chose pour l’écosystème car ce régime insectivore permet aussi une forme de régulation naturelle. Comme quoi il est bon de toujours réfléchir à notre impact sur un écosystème dont nous faisons partie également !

Quel type de mangeoire et à quel endroit doit-on faire l’installation ?

Pour les mangeoires non-naturelles (naturelles = cavités de vieilles souches de bois mort par exemple), vous pouvez soit les acheter en magasin spécialisé, soit les créer vous-même, mais l’essentiel est surtout de faire en sorte qu’il n’y ait pas de « risques » pour la sécurité des oiseaux. Par exemple, les boules de graisse du commerce sont souvent contenues dans des petits sacs-filets en plastique. Il est préférable de retirer ces boules de ces filets car les oiseaux peuvent s’entortiller les pattes dans les mailles et risquer des accidents très dommageables. La solution peut-être de mettre les boules de graisse dans des contenants en forme de spirale par exemple, très simple et qui s’accrochent aux branches d’un arbuste.

Distributeur à boules de graisse pour oiseaux Crédit : Animalis.com

Il y a aussi des distributeurs de graines en forme de tube très bien fait avec des petites excroissances pour pouvoir se poser et accéder à la nourriture.

Il faut en effet toujours penser à installer la mangeoire de sorte que les oiseaux puissent y accéder facilement en se posant en sécurité. Pour les protéger des chats et des chiens, mieux vaut également les installer à bonne hauteur !

Inutile de les mettre trop haut mais à bonne distance d’un saut de chat ! 😉 Et puisque après tout c’est quand même très sympathique d’observer tout ce petit monde et d’apprendre à mieux les connaître, essayez de poser vos mangeoires pas trop loin d’une de vos fenêtres ! Mais attention, pas en bas d’une vitre non plus, car vous pourriez attirer les oiseaux directement dans votre vitre au risque d’un accident grave (beaucoup se tuent en s’assommant dans les carreaux qu’ils ne perçoivent pas !).

Un conseil : dispersez dans le jardin plusieurs mangeoires ! Si vous avez un petit balcon, une peut suffire, sur une grande terrasse pourquoi pas deux à des endroits différents ? Plus vous dispersez de mangeoires plus vous permettez à chaque espèce une chance d’avoir accès à la nourriture, car parfois honnêtement, la place est rude ! Vous assisterez parfois à des comportements de « bagarre » de la part de certaines espèces plus « dominantes » qui occupent tout le temps les mangeoires.

D’autre part, il n’est pas rare d’accueillir beaucoup d’oiseaux (plusieurs dizaines pour certains !) et tous ces rassemblements sont forcément vecteurs de transmission de maladies entre oiseaux, donc plus vous offrez d’espaces moins vous favorisez ces transmissions. Vous verrez également que l’activité de tous ces petits oiseaux peut parfois être… rude pour le maintien de la propreté de votre balcon ou jardin ! Et oui, c’est le pendant du merveilleux spectacle qui s’offre gratuitement à vos yeux chaque jour… Il vous faudra donc faire aussi l’effort de maintenir un minimum de propreté dans cet espace dédié à nos amis ailés.

Quels aliments sont bons pour les oiseaux ?

L’hiver, les oiseaux ont besoin de lipides, du gras donc mais par n’importe lequel : plutôt la graisse végétale tirée des graines comme celles de tournesol noir. On peut y associer un peu de cacahuète concassée si on fabrique soi-même des boules de graisse. On pourra aussi y joindre des petits insectes, des baies comme les fruits rouges. Les graines de tournesol souvent utilisées sont bien meilleures quand elles sont noires, et surtout évidemment non salées et non grillées ! Pareil pour les cacahuètes ! Il ne s’agit pas de leur offrir notre apéritif ! hihi.

Ne donnez jamais de lait aux oiseaux car ils ne peuvent le digérer et cela pourrait s’avérer mortel ! De même que le pain n’est pas recommandé car il peut également à terme causer de graves problèmes de santé. Les mélanges vraiment pas cher composés de riz, lentilles et pois ne sont pas conseillés non plus ni les biscuits type « pour chiens et chats ».

Les fruits décomposés comme les restes de pomme, de poire, les vieux grains de raisin sont par contre très appréciés. Et comme pour nous, évidemment ce qui va compter c’est l’équilibre alimentaire !On mélangera donc un peu de tout et on évitera de ne donner que du sucre avec une alimentation exclusivement faite de fruits décomposés et de baies et donc déséquilibrée.

Honnêtement, en ce qui concerne nous concerne, nous optons généralement pour des mélanges du commerce acheté dans des magasins spécialisés type jardinerie, mais avec un niveau de qualité optimale (donc essayez d’éviter quand même ce qui est vraiment à bas prix), pourquoi pas issu de l’agriculture biologique si vous le pouvez c’est encore mieux ! Nous panachons des boules de graisse (mais pas en trop grande quantité), des graines de tournesol noir Bio vendues en très gros sacs (plus économique) et des fruits bien trop mûrs pour nous, comme des pommes suspendus à des branchages.

3- Manger c’est bien, mais boire c’est indispensable !

Pensez à installer également des abreuvoirs pour les oiseaux, une simple petite assiette creuse pourra faire l’affaire mais dans le commerce vous trouverez également des abreuvoirs pratiques. Il faut par contre penser aussi à les nettoyer régulièrement.  Apportez tous les jours de l’eau, et si vous utilisez un récipient type soucoupe, n’oubliez pas de changer l’eau tous les jours car sinon elle va vite se retrouver souillée ou elle va geler les matins très froids.

On le sait moins, mais les oiseaux ont besoin absolument de nettoyer leurs plumes régulièrement pour maintenir l’intégrité de celles-ci pour le vol, retirer parasites éventuels et salissures qui les alourdiraient.

Positionner une « piscine » avec un simple plat creux de grande taille et vous aurez le plaisir d’assister parfois à de joyeux feux d’artifice d’éclaboussures !

Il m’est arrivé de compter jusqu’à 6 moineaux qui s’ébattent ensemble et bruyamment dans cette piscine improvisée ! Pensez surtout encore à renouveler l’eau très régulièrement voire à la dégeler le matin avec un peu d’eau chaude. Verser ensuite de l’eau tiède une à deux fois dans la journée.

Piscine à oiseaux faite maison par quelqu’un de très créatif ! Crédit photo : Blog Les états d’âme de Cesame

L’été, il est tout à fait souhaitable de continuer à offrir cette ressource en eau, pensez à la canicule que nous avons vécu l’an dernier ! Mais il vous faudra être plus vigilant à la propreté, changez l’eau tous les jours surtout pour les « piscines » au risque de favoriser le développement de moustiques potentiellement nocifs pour notre santé.

Et pensez à la profondeur de votre piscine, le but n’est pas de noyer les animaux et les insectes ! 😉 Pas plus de 10 cm de profondeur et l’astuce imparable, déposez au centre une grosse pierre ou un bout de tuile en argile qui fera un promontoire pour les abeilles par exemple (qui elles aussi ont besoin de boire mais se noient souvent).

Pour finir, quelques petits conseils avisés !

  • Chaque oiseau possède ses préférences, son mode de nourrissage. Par exemple, les merles noirs auront tendance à ne pas trop fréquenter vos mangeoires suspendues car ils ont l’habitude de trouver leur nourriture au sol. Vous pouvez donc déposer au sol des graines et autres ressources, ils vous en seront plus reconnaissants ! Vous pouvez aussi pour ceux qui ont un jardin un peu plus grand garder un petit coin où vous étalerez un peu de compost sur la terre gelée, les merles ont tôt fait de tout retourner pour y trouver des vers de terre. Éviter vraiment surtout de déposer des restes de repas, vous ne savez pas la qualité réelle de ce qu’ils contiennent voire certains restes comportent tout ce qui est le plus nocif pour un oiseau des jardins !

Anticipez l’hiver en ayant chez vous toujours un bon stock de ressources pour vos amis à bec ! Soyez réguliers et ne cessez pas d’un coup ce nourrissage car les oiseaux seraient alors soudainement démunis et seraient très déstabilisés.

  • Quand on commence à nourrir les oiseaux, on se rend compte que la nourriture part vite, voire extrêmement vite ! Ils pourraient avoir du mal à s’adapter de façon aussi brusque si ils étaient privés de vos ressources immédiates. Chercher la nourriture ailleurs, parfois très loin, implique des vols de recherche coûteux en énergie, celle précisément qu’ils n’ont pas lorsqu’ils sont affamés et affaiblis l’hiver.
  • Et à part le nourrissage, peut-on aider autrement les oiseaux en hiver ? Mais oui, vous pouvez tout à fait installer des « dortoirs » en forme de boîtes, mieux aménager votre jardin ou votre balcon mais aussi planter des arbustes et des plantes diversifiées qui fournissent abris et baies/graines utiles.

Ressources pour aller plus loin :

Des livres :

Guide des oiseaux de nos jardins de Claude Feigné (Auteur) et Gérard Schmitt (Auteur), Éditions Sud Ouest

Le Traité Rustica des oiseaux du jardin de Guilhem Lesaffre (Auteur), Catherine Levesque (Auteur) et Emmanuel Risi (Auteur) aux Éditions Rustica

Le guide des oiseaux autour de chez vous : Observer, Reconnaître, Nourrir, Protéger (Broché) de Gilles Leblais, Jean Chevallier (Illustrations), Allain Bougrain Dubourg (Préface) chez Tétras Editions

J’accueille et j’observe les oiseaux dans mon jardin de Gilles Leblais chez Terre Vivante.

Des articles sur des sites spécialisés très intéressants :

Comment les oiseaux passent-ils les nuits d’hiver et comment les aider ?

 Semez ou laissez pousser des fleurs qui produisent des graines pour les oiseaux

Aménager son jardin pour les oiseaux

En Angleterre, les mangeoires ont remodelé les populations d’oiseaux

Nourrir les oiseaux a des conséquences sur la nature et sur nous

Des vidéos pour savoir comment fabriquer soi-même :

  • Créer soi-même et avec de la récup’ votre mangeoire à suspendre ?

Faire une mangeoire à oiseaux simple

DIY au château de Tourette-Levens

  • Pour les bricoleurs et bricoleuses plus averti.es ! P.S: avec du bois non-traite c’est mieux…

Comment fabriquer une mangeoire à oiseaux

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