Balade photographique & découverte de soi


Expérimenter / dimanche, mars 1st, 2020

Hier, j’avais du mal à me motiver, je me sentais lasse et pessimiste. L’actualité sans doute y était sûrement pour quelque chose… Et puis j’ai senti qu’il fallait que je retrouve un élan, un mouvement de vie, je me suis dit « allez, ne reste pas ainsi enfermée entre tes quatre murs, il fait beau, va au moins respirer un peu ! »  J’ai juste pris mon appareil photo avec moi… au cas où ! Et mes jumelles aussi parce que c’est toujours un bonheur de découvrir une buse perchée sur un poteau de bois ou un héron cendré immobile au beau milieu d’un champ. Et finalement, j’ai été bien inspirée de quitter ma maison, car j’ai ressenti beaucoup d’apaisement à promener ainsi mon regard sur autre chose que mes doutes et mes questionnements existentiels !

1- Photographier, c’est s’ancrer dans le présent, célébrer l’instant

« Il est étonnant de voir que jamais autant de personnes n’ont photographié le monde et leur vie quotidienne ! »

Cette affirmation pourrait paraître paradoxale… Aujourd’hui nous constatons que malheureusement, nombre d’entre nous n’arrivent pas à vivre pleinement le moment parce nous sommes beaucoup trop connecté.es à notre smartphone (qui potentiellement nous sert aussi d’appareil photo !) D’un certain côté, c’est merveilleux, cela veut dire que la pratique photographique s’est complètement ouverte et démocratisée offrant à chacun et chacune la possibilité d’exprimer, de raconter quelque chose de sa vision du monde. Mais notre époque favorise en même temps le paraître, la recherche de la performance, la perfection. Nous avons beaucoup de mal à accueillir positivement l’échec et ses vertus, l’imparfait, l’inachevé. A la place s’est mis à fleurir un certain culte de soi-même, un Moi-Idéal qui ne supporte pas de faire l’épreuve du manque.

Et pourtant, je maintiens que la pratique de la photographie est une merveilleuse opportunité de s’ancrer dans le moment vécu, de se reconnecter à son environnement, à l’autre et à soi-même.

Lorsque vous partez en balade photographique, vous allez être obligé.e de ralentir. Il va vous falloir prendre le temps d’observer, de cadrer, vous allez devoir faire un choix : qu’est-ce que je veux montrer ? Qu’est-ce qui me semble superflu dans mon image, comment je pourrais la simplifier ? Vous êtes là, ici et maintenant et vous êtes en train de vivre un moment. A l’intérieur de ce moment, vous allez faire le choix (ou pas) de vous attarder, de vous arrêter sur une partie ou sur le tout d’une situation qui vous parle, vous interpelle. Vous décidez d’effectuer une sorte de « zoom » sur quelque chose que vous êtes en train de vivre, de ressentir (un détail, une émotion ressentie peut-être).

Comment donner de la consistance, de l’épaisseur à cet instant qui file entre nos doigts comme un doux filet de sable ? Peut-être grâce à la capacité de percevoir ce moment en totale conscience de ce qui se passe ici et maintenant, avec notre cœur, avec notre corps et nos sensations, avec tous nos sens ! Cette conscience totale nous aide à fixer dans notre mémoire-pellicule, l’image, l’odeur, la saveur, la sensation agréable de ce moment vécu… Elle nous donne le sentiment d’être relié à notre environnement, une sorte d’unité, de cohérence.

Et si vous essayiez d’utiliser la photographie pour retrouver cette joie dans votre existence quotidienne ?

Prenez votre appareil, ou votre téléphone mit au préalable sur silencieux, désactivez toutes les notifications qui polluent sans cesse le moment vécu… Observez, regardez, tournez autour de votre tasse, de ce joli fruit ou de ce petit caillou en forme de cœur trouvé là sur la plage… Cherchez l’angle qui vous plaît le plus, les détails peut-être que vous percevez sur votre sujet et qui vous parlent à vous, particulièrement. La rugosité d’une écorce, les lignes fuyantes des veines de bois d’un vieil outil d’atelier…

Retirer le superflu, regardez ce qui se cache à l’intérieur des choses, de la beauté peut surgir là où on ne s’y attendait pas. Il suffit juste parfois de changer de point de vue, de zoomer sur un détail, à la limite de l’abstrait. Ressentez comment vous pouvez faire une photo « apaisante » en éliminant de votre image beaucoup de choses qui ne vous parle pas et qui finalement encombre votre vue. Par exemple, essayez de resserrer votre cadrage pour vous concentrer sur une toute petite chose, délicate, qui vient en dire beaucoup plus sur votre ressenti qu’une image complexe et peu lisible. Allez à l’essentiel.

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Pleine conscience et instant gourmandise
© 2020 La pie bavarde – Sarah Caillot

2 – « Less is more  »

Dans nos vies nous avons maintenant une immense capacité de choix. Notre attention est sans cesse accaparée par des distractions multiples, parfois même agressives. Nous pouvons facilement nous y perdre, on oublie le pourquoi et le comment des choses, on s’égare sur le chemin à regarder trop autour de nous, ce que veulent les autres, ce que vivent les autres, ce qu’il est bon d’avoir ou de faire l’expérience pour être « comme tout le monde »… Simplifiez vos photos c’est une façon de faire l’expérience de l’essentiel, simplifier la manière dont on perçoit la vie C’est aussi apprendre à faire avec les contraintes et les limites. On apprend à faire avec ce qu’on possède là, ici et maintenant (matériel, situation, contraintes techniques liées à la lumière, à la distance…).

Et oui ! La créativité, c’est cela avant tout : être capable de trouver des solutions à des impasses, des contraintes. Ce n’est pas être un artiste, être talentueux (même si on peut l’être aussi ;-).

Invitation à la mise en pratique !

Ne vous dites pas « je n’ai rien de beau, d’exceptionnel à photographier ! », au contraire, cherchez autour de vous, dans votre lieu de vie, votre quartier, votre arrondissement, votre jardin ou n’importe quoi qui vous surprend, vous amène de la joie, du bien-être ou de l’étonnement. Vous passez beaucoup de temps à votre travail ? Et bien pourquoi pas profiter de quelques minutes de relâchement pour partir explorer votre bureau et trouver une petite série d’objets à photographier sous différents angles pour les percevoir d’une autre manière ? Vous aimez la cuisine et vous y passez beaucoup de temps ? Honorez vos créations culinaires en les photographiant avec cette démarche créative et consciente !

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Fête des sens et délice de fruits avec un cliché tout simple
© 2020 La pie bavarde – Sarah Caillot

3 – Sortir de ses peurs

Si la photographie ancre le photographe dans la réalité, dans l’épaisseur de l’instant, elle va vous pousser à sortir de chez vous, à bouger, à partir à la rencontre du dehors et de ce qui s’y passe (l’automne est arrivé, et si vous sortiez voir si la couleur des arbres a changé ?). Si vous vous êtes déjà perdu.e dans des ruelles, que vous avez déjà marché sans forcément savoir où vous alliez, vous savez ce que peut parfois contenir le hasard de la surprise. Il s’agit d’une forme de lâcher-prise sur notre besoin de contrôle, nos planifications excessives. Il s’agit de s’abandonner au hasard de la découverte et de la possibilité d’un émerveillement.

Invitation à la mise en pratique !

Choisissez d’attraper un bus, un métro, votre vélo ou bien votre voiture, et filez à l’aventure pour vous balader sans but dans les rues et les ruelles d’une ville, d’un quartier ou d’un bout de campagne que vous ne connaissez pas du tout. De retour chez vous, sélectionnez vos photos préférées, celles qui vous parlent, vous touchent, vous apaisent ou vous plaisent particulièrement. Imprimez-les en format carte postale par exemple, accrochez-les sur votre frigo, à côté de votre chevet ou devant votre espace de travail… Regardez de quoi vous êtes capables ? Regardez quel monde vous êtes capable de percevoir et de construire?

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Se laisser surprendre… © 2020 La pie bavarde – Sarah Caillot

4- Trouver de la joie dans l’ordinaire, voir le beau dans l’imparfait

Les meilleures photos, celles qui font le plus d’effet, qui font le plus parler, ce ne sont pas les photos lisses des lieux exotiques que tout le monde connaît et qui ont été maintes fois photographiés de la même manière ! Bien au contraire, c’est souvent celles qui montrent quelque chose de différent, de décalé, de surprenant parce que l’angle n’est pas celui, commun, auquel nous nous attendions…

Nous pouvons ainsi faire le choix de voir le monde dans sa version standard, ce qui se donne à voir de prime abord, nous pouvons aussi choisir de dépasser ce regard. On peut ainsi essayer de dépasser les apparences, les « paraître » pour aller voir ce qu’il y a derrière les choses (c’est d’ailleurs valable pour nos relations aux autres !).

La beauté, l’harmonie, la délicatesse sont visibles beaucoup plus qu’on ne le pense, mais il faut souvent faire un effort pour apprendre à regarder différemment ce qui nous entoure. Nous sommes souvent malheureusement happés par nos rythmes agités, nous ne regardons plus, nous ne nous arrêtons plus, nous n’accordons plus de temps à ce qui demande à être « déchiffré », « décortiqué ».

Paris, La Défense, des tours et du béton…un angle peu commun
© 2020 La pie bavarde – Sarah Caillot & CCC

5- La photographie : un outil de découverte de soi ?

Finalement, la photographie semble parfois devenir une sorte de moyen d’impressionner ou de séduire les autres. Bien au contraire, elle est un moyen d’exprimer mieux son propre état émotionnel face au monde. Ce que vous faîtes en photographie est le reflet d’un regard intime sur le monde qui vous entoure, à ce titre, votre travail, technique ou pas, sera toujours précieux et à protéger avec bienveillance. C’est parfois tout le problème quand on a envie de publier ses photos sur les réseaux sociaux par exemple, il faut réussir à s’extraire de la course aux « j’aime » et aux compliments.

Ce que vous faîtes doit vous plaire avant toute considération ! Beaucoup n’aimeront pas vos photos voire les détesteront pour des raisons qui leur seront propres (regard différent, culture, personnalité…). D’autres au contraire les trouveront magnifiques car elles auront fait écho à leur propre regard, leurs propres émotions…

Vos créations seront toujours vues par les autres avec le prisme de leur propre état intérieur, leurs croyances et fantasmes, leurs peurs et fascinations. Une fois montrées aux autres, vos photos deviennent un espace de projection pour les autres qui va dépasser votre propre espace à vous ! Vous vous serez projeté.e à un instant T qui ne sera pas forcément le même que celui d’autres personnes à l’univers très différent du vôtre.

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Apercevoir quelque chose de soi derrière les apparences © 2020 La pie bavarde – Sarah Caillot

Finalement, à une heure où nous vivons dans l’ère absolue du selfie et des auto-portraits en tous genre, nous pouvons nous interroger.

En essayant progressivement, et avec bienveillance, de répondre aux interrogations suivantes, vous comprendrez peut-être que tout un travail de découverte et d’acceptation de vous-même et de vos émotions peut s’effectuer grâce à la photographie. D’autant plus si vous tentez de la pratiquer dans cet esprit d’exploration créative, pleinement conscient de l’instant vécu.

Proposition : essayez de réfléchir à vos selfies (si vous en êtes adepte) :

Comment sont-ils en général ? Qu’observez vous dans votre façon de vous prendre vous-même en photo ? Quelles sont vos mises en scènes ? Y voyez-vous à la longue une forme de superflu, un manque d’authenticité, d’émotion ?

Où se situe votre vérité dans ce cliché ? Qu’est-ce que cela vient dire de vous et surtout finalement, est-ce que cela vient dire quelque chose de vous, de votre valeur, de vos capacités, de votre vision du monde ? De quelle manière pourriez-vous essayer de faire évoluer votre propre regard sur vous-même, votre vie, le monde qui vous entoure ?

Et maintenant, peut-être vous demandez-vous comment commencer ?

Bonne exploration créative !

Sarah C.

Pour le plaisir de lire: quelques livres non pas pour apprendre les bases techniques de la photographie mais pour réfléchir sur la nature même de l’acte de photographier et son lien avec notre perception du monde …

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